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Publié : 8 mai 2012

Conférence Louise Merzeau - Congrès FADBEN 23 mars 2012

Conférence Louise Merzeau


Congrès FADBEN 23 mars 2012


Re(construire) la mémoire de nos traces numériques


Résumé -Isabelle Arnoux

Plan de l’intervention
1- Traces sans mémoire
2- Friches numériques
3- Anticiper la traçabilité
4- Dictature du voisinage

Problématique : la réappropriation mémorielle des traces

1- La nature des traces

Le numérique combine contextuel et décontextualisé.
Il en résulte une logique indicielle (signes ou empreintes) avec 2 natures de traces :

-  les indices non intentionnels , de type opératoire, qui renvoient à une présence plus qu’à un discours : ces empreintes ont leur singularité (exemple : cartographie des connexions)
-  les traces isolables, calculables qui sont livrées aux algorithmes, aux robots, aux logs. Ces traces sont grammatisées et exploitées (=data mining).

La trace numérique est donc un objet nouveau. Les activités d’un individu deviennent des “Big data” : l’individu est suivi à la trace, il est dépossédé de son environnement et devient pourvoyeur de données. L’opacité du “data mining”, dû à son forage et à sa profondeur, se situe à l’opposé de la fluidité du web depuis sa création (on parlait alors d’autoroutes du web, de surf…).

Traces mémorielles ?
Est-ce que les traces construisent de la mémoire ou un anti-mémoire ? Les traces échappent aux imaginaires et aux mémoire individuelles ou collectives. La mémoire est plasticité (tri, négociation…) alors que les traces sont empilées sans discrimination.

La focalisation sur la vie privée est un faux problème : la traçabilité numérique passe par une aliénation et une dissémination. (cf Dominique Cardon le clair obscur des traces http://www.laviedesidees.fr/Vertus-democratiques-de-l-Internet.html )

-  La dépossession des traces implique une alinéation : les commentaires de Facebook vont essaimer sur le web, les traces circulent sur le réseau (au delà de nos amis) car elles sont exportées sur d’autres sites.

-  FB se présente comme un système qui certifie votre identité (lors de téléchargements d’applications, FB publie en notre nom, accède aux données en permanence et aux informations du profil via cette plateforme) : donc FB rapatrie nos traces.

Formes de résistances
Des formes de résistances notamment de l’Europe contre FB :
- Récupérer ses données via des actions juridiques (car le siège de FB est en Irlande).
-  Obtenir un droit de regard sur les traces déposées (car même les informations effacéess sont restées en place sur HD de FB).

La question du droit à l’oubli est illusoire car :
-  on ne peut pas ne pas laisser de traces.
-  La traçabilité numérique ne permet pas le délai lié aux activités de documentation
-  Dans la vie quotidienne, toutes les activités sont traçables par la géolocalisation, les connexions, l’utilisation de la carte bleue….
La lutte doit porter sur le opt out.

2- Friches numériques

Elles sont créées par la désactivation des traces, avec un enjeu principal qui est la question du contexte : la désaffection par l’usage des traces, sans être effacé.

Il s’agit d’un méta-droit à l’oubli par rapport à l’exploitation des traces.
Par exemple, les adolescents abandonnent leur blog (rupture) et ils annoncent officiellement la désaffection de cet outil.

3- Anticiper la traçabilité

Il s’agit d’une mémoire probabiliste, celle de la gestion probabiliste des sociétés comme Amazon, FB…. Qui anticipent les besoins (cf profiles Amazon constitutes pour Recommander un achat) =marketing profilaire.

“Customer life-time Value” : spam via email, duplication et clonage

Géolocalisation et la réalité augmentée

La gouvernabilité des individus “bionic eye” : géolocalisation et la réalité augmentée.

“Vous êtes ici” mais “vous devriez aller là” (tag de l’espace)
Systèmes de surveillance via les portiques aériens, ADN….

Développement de systèmes de Feedback pour visualiser sa traçabilité : cf le plugin de Firefox (Collusion) qui permet de faire un graphe de navigation de sites en sites (y compris de visualiser les cookies insérés).

Identity Commons (inspirée par les CC creative Commons) = penser la traçabilité en prévoyant des formes de traces dans certaines conditions, ce qui permet de redonner à l’utilisateur l’intelligence de ses traces (ce que Dominique Cardon appelle design icons).

4- Dictature du voisinage

L’information sur mesure s’appuie sur le fait que tout système est personnalisé et fonctionne grâce aux traces. La culture du “type" (codes et mythologies communes) devient la “culture du “token” (singularité, profil, humeur) = l’individu est un graphe, un réseau.

Cette proximité est due au fait que les résultats des moteurs de recherche intègrent les données personnelles, que Google propose de rassembler vos données (Google +) et prend en compte les informations des réseaux sociaux (FB, Twitter).

Il en résulte une balkanisation du web, une clôture informationnelle des données personnelles qui détermine le périmètre des possibles et donne une réponse avant que l’on pose la question : s’instaure alors la dictature du voisinage, on ne privilégie plus la distance. D’où la nécessité de donner des outils de cartographie pour montrer la distance nécessaire à prendre pour les élèves.

Conclusion

1- Réintroduire la distance en développant une réflexivité sur les traces (les traces peuvent être utiles à nous-même) : des informations-miroir sur notre vie quotidienne (consommation, vitesse….)

2- Développement du “Self-Tracking” via les outils nomades (portables) : enregistrement des performances pour soi “Life Logging”

3- Utilisation des données dans des œuvres : cf Albertine Meunier “My Google Seach History” (poétisation de ses traces) http://www.albertinemeunier.net/livre-my-google-search-history/

4- Les traces et la Fiction : Cécile Portier avec son atelier écriture lycéens
http://www.petiteracine.net/traquetraces/cecile-portier-portrait-robot

5- Désynchronisation : mettre de côté les traces et les organiser à distance

6- Enjeux de la traçabilité pour le collectif : faire une reconstruction mémorielle à des fins cognitives, une tentation encyclopédique de capitalisation). Cf des applications qui réagencent des données parcellisées “Elip Board” pour donner des œuvres, des formes closes et stables.

- Cf FB qui propose sa nouvelle forme Journal (navigation des traces depuis origines, effacer les traces, scénarisation de soi “memory life”)
- L’outil Pinterest qui permet de faire une cueillette, de picorer et d’épingler sur des pêle-mêle.
- Outils de curation comme Scoop It, le projet Normandie Guerre mis sur Flickr pour proposition de tags collaboratifs (http://www.flickr.com/photos/photosnormandie/)

Quelques références sur le Net : Louise Merzeau
http://www.merzeau.net/
http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/49/28/43/PDF/Merzeau_Doc-SI_presence.pdf